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L' Actu rebondit sur PQDS, PQDS...des portraits !

Bonsoir Thierry.


Donetsk, 9h43, samedi 16 juin.
Le sélectionneur français Laurent blanc arrive en conférence de presse. Ses premiers mots parlent de peine et de condoléances un lendemain de victoire : le plus grand fan de l’équipe de France vient de quitter les terrains. Thierry Roland est mort. La nouvelle tourne sur toutes les chaînes infos depuis une paire d’heures. Le micro des bleus n’aura plus jamais le même écho.

On aurait dû s’en douter. La veille, après, 4 minutes et 17 secondes de jeu, le ciel commandait l’interruption d’Ukraine-France. De l’encre noire au-dessus des têtes. De l’eau partout sur les visages des joueurs, la voûte fondait. Thierry Roland n’était pas là. Déjà. Retenu chez lui suite à une opération pour des calculs biliaires. Le renouveau des bleus ne pouvait avoir lieu sans lui. Non pas après 13 coupes du monde, 9 championnats d’Europe, et plus de 1300 matchs de footballs couverts. L’homme se passionnait pour son métier depuis 54 ans et la voix du commentateur semblait nous parler depuis toujours. Alors on imagine la discussion là-haut, très haut dans la grande Régie. Chapatte et Couderc, ses mentors dans le métier, ont dû plaider sa cause. Mais les dieux du ballon rond ne pouvaient pas non plus priver Thierry Roland du premier succès bleu après 6 ans de phases finales vierges de toute euphorie. Une éternité avant la suivante. Une heure de débat, et le ciel séchait ses larmes pour lui offrir un dernier cadeau. Les français s’imposaient brillamment 2-0. On aurait dû s’en douter.

Zapping. L’une des fameuse voix de RMC sport, Jean Rességuié  recueille pour BFM TV la réaction de Jean-Michel Larqué. « Jean-mimi » l’inséparable partenaire de jeu depuis 1979 s’effondre : « Qu’est-ce que vous voulez que je dise » « il se faisait une telle joie de reformer le tandem… c’est peut-être ce qui est le plus terrible, c’est que sa dernière joie, je devais la lui procurer et je n’ai pas pu… ».
Vendredi en plein orage, accompagné de Denis Balbir au micro de M6, Larqué s’enorgueillissait pourtant de faire partie des quasi-derniers journalistes en tribune de presse. Les lieux avaient été désertés pendant les intempéries. On imagine combien les tribunes de presses doivent sembler vides aujourd’hui. On aurait dû s’en douter.

Nécro. Depuis l’annonce, les commentaires vont bon train. Le premier « cyborg-commentateur », l’homme aux lunettes-jumelles est loué, regretté par l’ensemble de la profession. Il y a quelques années, il était encore trop vieux, dépassé, inexact. En 2004, son départ de TF1 soulage même certains. Place aux statisticiens, analystes, et autres professionnels parfois interchangeables. Soyons modernes, soyons tout sauf Thierry Roland.  On en oublie que le journaliste est un puits de sciences sportives. L’athlétisme, la boxe font aussi partie de ses faits d’armes, mais pas seulement.
Alors c’est vrai. Roland n’a pas toujours fait dans la dentelle. Ses écarts sur les étrangers, – «ne croyez-vous pas qu’il y a autre chose qu’un arbitre tunisien  pour arbitrer un match de cette importance ?» à propos du but de la main accordé à Maradona lors du ¼ de finale de la coupe du monde 1986 par exemple-, ce côté café du commerce, cette gouaille ont souvent détonné et dérangé. Comme ce vieil oncle qui nous déverse sa rengaine populo en plein repas de famille. Ce vieil oncle que l’on aime tant avec son « rire-otarie » et sa jovialité inégalable, que voulez-vous personne n’est parfait. Et ces annonces de tournois de minimes à brive-la-gaillarde pour le week-end de pentecôte dont tout le monde se foutait en pleine retransmission mais qui nous parlaient de nous ? Le grand public perd cette voix familière qu’il invitait chez lui à chaque diffusion comme le dit si bien Platini, le premier héros moderne de l’équipe de France de Football : « C’était la voix du foot pour des millions de personnes et c’était mon ami ». Un peu le nôtre aussi.

Un saut dans le vide. Des milliers de français vivent des drames personnels chaque jour. La vie continue et-personne-n’en-parle-et-c’est-injuste. Depuis ce week-end, tout le monde s’empare de Thierry Roland, de son souvenir, de son départ. C’est un monument de la télé qui disparaît. A l’heure où la télé n’en est plus un : de plus en plus regardée sur internet, en streaming, légal ou non, via les ordinateurs, les écrans tactiles ou encore les smartphones, le média change, sa pratique et son monde aussi. Les obsèques du célèbre commentateur sportif sont annoncées jeudi à l’église Saint-Clotilde, dans le 7ème arrondissement de paris où il vivait. Pas très populaire comme quartier ? Mais que voulez-vous personne n’est parfait.

Ce matin la newsletter de Reporters sans frontières décomptait, dans le monde, 163 journalistes emprisonnés. Un autre vient d’être libéré trop tôt. Car quand on part, de toute façon c’est toujours trop tôt. Tout à fait Thierry. – S.L

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