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La tragédie du XV de France


C’est un tournoi 2012 raté. Mais pas seulement. Le rugby français vit un éternel recommencement. Le mal est plus profond. Analyse en 5 actes. 

La dernière charge de Servat face aux gallois.

Dans toute pièce classique, il existe une structure à respecter. Et, force est de constater que, depuis trop longtemps désormais, le rugby hexagonal respecte à la lettre les règles de la dramaturgie. Auteurs et acteurs de cette œuvre sont connus : clubs, Fédérations Française et Internationale, Ligue, agents, joueurs… Les remèdes pour soigner le souffrant ovale existe. Or, il faut croire que les pontes fédéraux et les décideurs nationaux souhaitent entretenir le suspense à son comble. Quitte à se brûler au moment où le rugby rassemble plus de spectateurs un dimanche après-midi (6, 7 millions le 4 mars contre l’Irlande) que les footeux un soir de prime-time (6,5 millions face à l’Allemagne le 29/02/2012). Oui, le rugby vit un engouement inédit et tout n’est pas à jeter. Mais, à moyen terme, il existe des raisons de s’inquiéter pour l’avenir du XV de France. Selon un proverbe connu,  il paraît que l’imbécile regarde le doigt qui lui montre les astres. Alors essayons de voir plus loin si l’on souhaite voir un jour Thierry Dusautoir ou un autre capitaine soulever le Trophée planétaire.

 Unité d’action. La France hérite donc de la 4ème place de ce Tournoi 2012. Juste devant…l’Italie et l’Ecosse. Sans dénigrer la botte et le chardon, pour un vice-champion du monde, l’affaire n’est pas très belle. Evidemment, la tentation est grande. Le coupable idéal semble tout désigné. Mais ne jetons pas la pierre à Saint-André même s’il se flagelle sans conviction au sortir d’une prestation qu’il juge «très médiocre ». Car depuis 1991 et la nomination de Pierre Berbizier, aucun sélectionneur n’a remporté le tournoi européen après son arrivée. PSA s’inscrit seulement dans la continuité : 2 défaites au compteur. Comme l’actuel manager du Racing, comme Skrela, Laporte, et Lièvremont auparavant. Quid de la démonstration ? Le mal est endémique. Les techniciens cités sont loin d’être des ignorants ou des incompétents. Et si les succès font vite oublier les défaites, il serait judicieux de se pencher enfin sur ce problème avant la prochaine ivresse heureuse.

Systémique. Le malade n’est pas imaginaire et les maux bien réels. Ainsi, les barons de nos élites bleus préfèrent-ils fermer les yeux entre 2 banquets, deux finales de coupe du monde (1999 et 2011) ? Peut-être. Toujours est-il qu’aujourd’hui, le professionnalisme, la Heineken Cup et la mondialisation du Top 14 sont venus se greffer à un patient qui réclame, par la bouche de ses sélectionneurs successifs, un traitement adapté : des plages de travail et des périodes de regroupement cohérentes ; un calendrier nettoyé, allégé et intelligemment construit avec les autres nations de l’IRB ; un resserrement de l’élite qui éviterait la mascarade de l’ascenseur trop souvent interprétée par les promus ou les moins riches ; une formation encore plus concertée, entre les structures fédérales et les clubs, ainsi qu’une détection ciblée sur les postes clés et pourtant fortement démunis aujourd’hui. Un exemple : Servat s’en va et en exagérant à peine, on se demande qui peut venir inquiéter Swarzeski au poste de talonneur. Devant la pénurie de piliers français, on a bien créé une académie des piliers à Marcoussis en 2008 mais, dans le même temps, il aurait fallu penser à la même structure pour les demi d’ouvertures, tant le joueur hydride mêlant Trinh-duc et Beauxis semble loin d’arriver. A ce poste stratégique, pour un pays à 400 000 licenciés, c’est morne plaine. Et que dire du CS Bourgoin-Jallieu qui n’a pas résisté à l’univers impitoyable de la modernité et qui vivote en pro D2. Ce CSBJ qui a révélé pléthore de cadres du XV français : Nallet, Chabal, Fritz, Parra, Bonnaire….

Strass et paillette. Pendant ce temps, le rêve continue. Avec un championnat français digne de la NBA. Des stars de partout : Wilkinson, Mac Allister, Sivivatu, Botha, Rococoko, Philips, etc.…depuis 5 ans, la période des transferts fait monter la mayonnaise. Quel nom ? Où ? Pourquoi ? Comment ? On en frémit d’avance. On croit que c’est l’engouement mais ce n’est que la mauvaise fièvre qui fait son chemin. Car dans les faits, le rugby français est un peu au théâtre : tous les apparats de la vraisemblance répondent au désir de rendre crédible ce qui se déroule sur les prés de l’hexagone.  Mais l’arbre « Top 14 » masque bien la forêt et la réalité est tout autre. 45% de joueurs étrangers dans l’effectif de l’élite, c’est autant de jeunes que les nouveaux argentiers du rugby ne prendront pas le risque de lancer. Il faut des résultats immédiats (d’ailleurs 2011-2012 se distingue déjà par le nombre d’entraîneurs licenciés).  La politique des quotas instaurée par la Ligue Nationale (LNR), le JIFF, prévoit d’obliger les clubs à avoir 60 % de « joueurs issus des filières de formation » françaises dans leurs groupes à l’horizon 2013-2014 ? Les places fortes du rugby hexagonal détournent l’esprit et lancent leurs recruteurs sur le marché mondial pour dénicher des pépites en bas âge. Des pépites, géorgiennes, Fidjiennes, samoanes qui pourront intégrer les centres de formation français, répondant ainsi aux critères arrêtés. Des pépites qui pourront plus tard…représenter la France ! Et si le Top 14 est peut-être le championnat le plus riche, il n’est pas le plus dominant : pour preuve, en 5 ans, seul le Stade Toulousain a remporté l’épreuve européenne des clubs (2010).

Faux Rebonds. Enfin, depuis hier, les critiques prennent corps. Mais elles viennent d’outre-manche. Roger Lewis, le directeur exécutif de la fédération Galloise vient de tirer la sonnette d’alarme, fort du 11ème grand chelem glané par les diables rouges : «une poignée de club français sont en train de ruiner l’édifice du rugby »
Rappelons-nous la désillusion anglaise vécue en Premier League : une compétition domestique bourrée de joueurs internationaux de talents, de l’argent à profusion et du spectacle à la clé et en 2008… la sélection regardait l’euro à la maison. Incapable de se qualifier. Incapable de sortir des jeunes. Incapable de faire vivre son identité. Alors le rugby va-t-il se mettre à tourner rond ?

 Dénouement sportif. Hier, Philippe Saint-André avouait penaud sur France Télévision: « on a manqué de justesse, on prend la responsabilité au niveau des entraineurs  aussi. On a été un petit peu faible dans la stratégie ». C’est vrai, il a manqué son 1er rendez-vous. Après le report de France-Irlande, PSA jouissait d’une chance formidable avec 4 matchs d’affilé et un mois avec le même groupe. Il n’en a pas profité. Il a même multiplié les erreurs de coachings lors de cette édition, atteignant l’apothéose en fin de match face aux gallois : Trinh-duc à l’arrière, Parra à l’ouverture, Buttin à l’aile… Le nouveau boss des bleus avait décidé de s’affranchir d’un spécialiste de la défense pour composer son staff. Résultat : on n’a jamais vu autant d’incursion dans nos lignes, et ce, quel que soit l’adversaire. Quand on connait l’importance de ce secteur dans le rugby moderne…. On ne parlera pas du sacro-saint fond de jeu que l’on cherche depuis des années et qui doit bien être caché quelque part, aux vestiaires ou en coulisses. En attendant que quelqu’un ne le retrouve entre deux boîtes d’élasto, cette semaine se tiendront les assises du rugby français : le staff de l’équipe de France tentera de faire entendre raison aux responsables du rugby hexagonal quant aux améliorations structurelles et organisationnelles à apporter. Mais une chose est d’ores et déjà sûre, bien que personne n’en parle : la France ne sera pas tête de série pour la prochaine compétition planétaire en 2015. Il fallait rester dans les 4 premières nations mondiales et nos rugbymen viennent de glisser au 6ème rang. L’obtention du titre suprême, le véritable objectif de Philippe Saint-André s’annonce mal engagé. On pourra toujours compter sur une réaction de dernière minute, un coup de rein, de Trafalgar ou de « French Flair ». Le public se lèvera et applaudira sûrement. Surtout en cas d’échec. Bref, la tragédie continue.  –S.L

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