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La monstrueuse course d’Oscar « Blade » Pistorius


Ses prothèses « Cheetah » sont aussi célèbres qu’Usain Bolt. Le sud-africain est pourtant vu comme un  « freak »,-un monstre humain-, par le mouvement olympique. Sportivement, il vient de gagner son billet. Mais pas son visa pour Londres 2012. Tour de piste pour expliquer la course controversée de l’athlète amputé.

Après Daegu, Pistorius s'élance vers Londres 2012

« Je suis la chose la plus rapide du monde ». C’est ainsi qu’Oscar Pistorius se décrit, depuis 5 ans. De l’autodérision certainement pour celui qui clame haut et fort que son rêve  d’« Elephant man » moderne est d’être juste normal. « Aujourd’hui, je peux poursuivre mon rêve, qui est de participer aux Jeux Olympiques » disait-il peu avant Pékin. En 2008. Mais l’athlète n’était pas assez fort. Le 17 mars dernier, les choses ont changé. Plus exactement, la chose la plus rapide du monde a changé.

Départ. Lorsqu’il prend place sur le tartan du stade du championnat de la province de Gauteng North, Oscar se concentre. Avant de s’élancer vers l’un des plus formidables défis sportifs, peut-être pense-t-il aux obstacles traversés : amputé des deux jambes, sous les genoux, suite à une maladie congénitale à l’âge de 11 mois, ses parents l’ont élevé comme un enfant sans handicap. Il a eu la chance de pratiquer le water-polo, de jouer au tennis, au rugby jusqu’à cette blessure au genou en 2004. Il découvre alors l’athlétisme pendant sa rééducation. Mais ce samedi 17 mars, la course approche. Oscar respire, sautille sur ses jambes semi-humaines. Nouveau flash-back. Deux ans auparavant, il traversait une nouvelle épreuve qui compliquait encore son parcours. Le triple médaillé d’or paralympique de Pékin était hospitalisé après un accident de hors-bord, pour subir une opération relative à plusieurs fractures au niveau de la mâchoire et du conduit nasal. Retour sur piste. Les coureurs s’installent sur les starting-blocks. L’athlète sud-africain aussi. 400 mètres. Pour écrire son histoire. Afin qu’elle soit conforme avec sa biographie et ces quelques mots : « Je suis un athlète et c’est tout. Je suis un sprinteur. Avec ou sans jambes ». Le départ est donné. Sa mise en action est meilleure qu’auparavant. Pour preuve, désormais, contrairement à son début de carrière, il court plus lentement dans la deuxième partie de ses courses. Ses temps se sont renversés et sont similaires aux temps des professionnels non-amputés. Quand il a couru son meilleur temps de 45’’09 à Lignano, en Italie en juillet 2011, ses passages intermédiaires étaient de 21’’9 et 23’’2. Mais le public ne s’imagine pas que, sans cheville et sans pied, l’absence de sensation avec le sol est un vrai handicap. Sans parler du travail permanent que le tour de piste impose au tronc, aux cuisses et aux fessiers de l’athlète qui doit compenser l’absence des muscles du bas de ses jambes.

Dans la course. Pourtant, Pistorius doit faire l’effort. Plus d’efforts. Contre les préjugés d’abord. Ses prothèses à plus de 20 000 euros la paire l’avantageraient. Peu importe si les études montrent que les athlètes paralympiques subissent plus de blessures (9,3 blessures pour 1000 heures) pendant l’entrainement que les sprinters non-amputés (entre 5,6 et 5,8 blessures pour 1000 heures). Peu importe, s’ils doivent également faire face à d’autres souffrances générées par la friction entre leurs jambes et les prothèses, ce qui peut limiter leur temps d’entrainement comparé aux athlètes physiquement aptes. Il faut courir vite et faire taire les soupçons. Car évidemment les lames en fibres de carbone stockent et restituent une partie de l’énergie du corps la course durant. Alors il faut faire mieux pour abattre les limites, les « on-dit » et les avis. A commencer par celui du technicien du sprint français François Pépin : « Il a un certain avantage par rapport aux valides. Il utilise des matériaux qui font le travail tous seuls et peut donc entretenir un rythme soutenu beaucoup plus longtemps que les autres ». Alors qu’il attaque la deuxième partie de piste, le sud-africain sait qu’il va bientôt ressentir les 1ers effets négatifs dus à l’accumulation de l’acide lactique dans ses membres. Car cette donnée échappe souvent aux « fins analystes » et autres décrieurs, Pistorius a aussi moins de sang dans son organisme et la saturation arrive plus vite.

Analyses. Les experts dépêchés par les instances internationales et les défenseurs du champion se sont déjà affrontés par le passé : d’abord un rapport scientifique commandé auprès d’un spécialiste allemand par la Fédération internationale avait conclu à l’évidence attendue, que le jeune de homme était avantagé par son matériel ; mais le sportif aux jambes artificielles a été ensuite autorisé par le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) à courir avec les valides. Manque de preuves scientifiques sur un avantage global net. Le TAS renversait ainsi la décision de l’IAAF et demandait que l’intégration du « demi-homme » soit vue « comme l’un des défis de la vie au XXIe siècle ». Lamine Diack, le président de l’IAAF, a tout de suite refermé la boîte de Pandore en rappelant que cette autorisation ne concernait que lui et ce modèle de prothèses. Pourtant, Pistorius ne voulait que courir noblement et ne demandait rien d’autre : «Si on me prouve que mes Cheetah, mes jambes de course, me donnent véritablement un avantage, alors j’arrêterai.» Finalement, qu’importe. Ce 17 mars, le natif de Pretoria poursuit son très beau 400m comme il poursuit sa quête olympique. Il se sait surveillé, mais, maintient son cap vers la ligne d’arrivée. Il se rappelle que, déjà l’an passé, sa participation aux mondiaux « normaux » avait suscité maintes discussions. A Daegu (Corée du sud),  il devenait le premier athlète handisport et champion paralympique à basculer du côté des athlètes « ordinaires ». Atteignant son objectif des demi-finales en individuel. Remportant une médaille d’argent avec le relais sud-africain sans toutefois courir la finale. Oscar Pistorius est un compétiteur mais le bruit de ses lames fait maintenant mauvais genre. « Nous allons le suivre et nous déciderons s’il peut prendre part l’an prochain aux JO de Londres », avait rappelé Diack.

Ligne d’arrivée. Ce 17 mars…Le tour de piste est bouclé. Comme une révolution. 45’’20. Dix dixièmes en dessous des 45’’30, les minima olympiques. Les micros se bousculent. Le sprinteur confie : « Je suis tellement heureux d’avoir couru sous les (minima) olympiques. C’est un moment si fort, je veux en profiter pleinement. J’espère que le SASCOC (le comité national olympique sud-africain) confirmera ma présence dans l’équipe olympique, je ferai tout mon possible pour me préparer. Je serais si fier de courir pour mon pays aux jeux Olympiques et Paralympiques». Car rien n’est réellement joué en coulisses. Les instances internationales olympiques par la voix du Président Jacques Rogge se sont défaussées sur le pays « arc-en-ciel » qui doit fournir un certificat d’éligibilité pour Pistorius. Et selon les règlements du SASCOC cette éligibilité ne sera certaine que si l’ « empêcheur de courir en rond » réalise une 2ème fois un temps inférieur à la barrière qualificative, lors d’un meeting international et après le 31 mars prochain. Et pour boucler son parcours vers les jeux de Londres, Oscar « devra aussi participer aux championnats d’Afrique du Sud prévus à Port-Elizabeth les 13 et 14 avril prochain » selon un responsable de sa fédération.

Face au monde. Les médias le surnomment le « Blade Runner », en référence au film de Ridley Scott. Le coureur aux lames. Devant l’adversité et les obstacles, Oscar Pistorius n’a donc d’autres choix que d’aiguiser… sa patience, affuter son corps, et continuer à franchir les marches, une à une. Car il est bientôt en haut de son olympe. Au bout de son rêve. Un rêve publiquement soutenu l’an passé par  l’américain, Michaël Johnson, quadruple champion olympique et neuf fois champion du monde. Un rêve qui devient de plus en plus audible. Selon, Sebastian Coe, président du comité d’organisation des Jeux de Londres et deux fois médaille d’or du 1500 m,  ce serait « fascinant » de le voir évoluer parmi les autres. Et les instances sportives « ont travaillé pour le comprendre comme sportif, et comprendre aussi comment on pouvait ouvrir nos championnats à une éventuelle intégration des athlètes avec un handicap ».  Ainsi, la course du jeune sud-africain dépasserait son seul cas. Ainsi, la « monstrueuse » course d’Oscar « Blade » Pistorius deviendrait peut-être l’une des plus belles qu’il nous serait donné de voir. – S.L

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