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Le sport a encore un sexe.


Contrairement aux anges, le sport a toujours eu un genre. Depuis la fin du XIXème siècle, la domination masculine s’y exerce sans partage. Même si les femmes sont de plus en plus représentées et diffusées, l’égalité de traitement,-médiatique notamment-, n’existe pas.

Pourquoi écrire un article sur les sportives le 8 mars ? N’est-ce pas cautionner cette fausse bonne idée qui consiste à « donner » une journée aux femmes depuis son officialisation par les nations unies en 1977 ? Comme pour se faire pardonner du décalage qui existe encore et toujours dans notre société entre ceux qui l’ont construite et la dirige, les hommes, et le sexe dit faible : à temps plein, en France, les femmes gagnent 20 % de moins que les hommes ; tous temps de travail confondus, l’écart est de 27 %. Et concernant les rémunérations, il est inutile d’évoquer les écarts béants existant dans le sport.

Myriam Lamare championne du monde de boxe

Est-ce pour participer à cette hypocrisie, à la démagogie générale ? En cette année bissextile plus injuste encore que jamais, où le rapport entre le nombre de jours dévolus aux femmes et aux hommes, selon les blagues qui ont cours au comptoir du troquet du coin, ne sera pas d’1 pour 364 mais d’1 pour 365 ?  Et l’on pense au PSG, à ses stars et ses millions qatari ; et l’on pense à son équipe féminine qui n’a même pas eu le droit de fouler la pelouse du Parc des Princes avant les « vrais athlètes », une équipe féminine dont les on taira les moyens et les conditions de jeu, sans commune mesure avec leurs homologues masculins … on ne voudrait pas que certains esprits mal intentionnés nous refasse le coup des « civilisations » en mettant cela sur le dos des nouveaux propriétaires. (Le football est pourtant pratiqué par nos dames depuis longtemps : Les premiers matches de football se sont disputés en privé en 1917 et 1918. La première partie publique s’est déroulé, elle, le 28 avril 1918 en lever de rideau de Belgique-France).

Tous égaux. Alors pourquoi ? Simplement pour profiter de cette fenêtre médiatique ? Surfer sur le « marronnier » du jour, et expliquer encore une fois que pour les femmes rien n’est jamais définitivement acquis, rien n’est jamais facile à obtenir ? Bien sûr. Mais encore, que sans quelques figures féminines dont il est important de rappeler qu’elles ont existé, le sport ne nous aurait jamais offert ces images que l’on n’oubliera jamais.
Rappelez-vous, Jeux Olympiques de Barcelone, été 1992. Le 10.000 m vient de s’achever. Le Stade est traversé par une immense émotion : Tulu, l’Ethiopienne, championne olympique, et Meyer,  la Sud-Africaine, médaille d’argent, font un tour d’honneur spontané en se serrant l’une dans les bras de l’autre. Magique. La même année, aux mêmes jeux, alors que l’Algérie est plongée dans un chaos de sang et de larmes en raison la lutte politique et armée prônée par les mouvements islamistes qui veulent mettre le pays sous leur coupe, la victoire d’Hassiba Boulmerka sur le 1.500 m exprime de nombreuses choses. Et notamment que l’on peut devenir une grande championne tout en étant femme et algérienne.

Et puis, nous avons beau savoir que, dans l’absolu, la lutte pour l’égalité des sexes ne devrait pas exister, le chemin est encore long. Surtout après des années de conditionnement.

L’utilité du genre. Prenons un exemple de notre formatage en posant une simple question : Qui, selon vous, a le plus grand nombre de sélection en équipe de France de football ? Non, ce n’est pas le champion du monde 1998 Lilian Thuram comme 95 % des gens le pensent mais Sandrine Soubeyrand, milieu du FCF Juvisy, 175 fois sélectionnée pour les bleues. Ces bleues qui n’ont jamais été autant suivies et exposées que l’année passée lors de leur parcours inédit en coupe du monde, en Allemagne. Ces bleues, finalement vice-championnes du monde, encore diffusées mardi après-midi sur la TNT à l’occasion d’un tournoi amical international à Chypre, qu’elles ont brillamment remporté. Peut-être que les barrières tombent peu à peu. Peut-être.
Prenons un autre exemple : Depuis le week-end dernier et la défaite éclair de Jean-Marc Mormeck, tout le monde s’accorde à dire que la boxe française est moribonde. Pourtant depuis le 5 novembre 2011, Myriam Lamare est  bien championne du monde des super-légers IBF, après ses titres mondiaux obtenus en WBA et WBF. Alors ? Alors cet article a tout son sens.

Alice Milliat, apôtre du sport féminin

Car, avant d’assister aux exploits de Marie-Josée Pérec, Karine Ruby, Micheline Ostermeyer, Colette Besson, des sœurs Goitschel, Jeannie Longo, Frédérique Jossinet, Gévrise Emane, Carole Merle,  Tessa Worley, Amélie Mauresmo, Christinne Arron, Laure Manaudou, Véronique Mang, Mariam Soumare ou encore de nos handballeuses Spincer, Pineau, Leynaud, Goudjo, etc. … oui, avant d’assister à ces exploits, d’autres ont dû affronter les tenants de l’immobilisme. On serait tenté de dire de l’obscurantisme.

Les cuisines ne sont pas loin. Figure de proue de l’émancipation du sport au début du XXème siècle, le Baron Pierre de Coubertin, s’il défendait cette pratique pour ses valeurs, ses vertus, ses symboles et son rôle social, ne souhaitait pas ouvrir les portes des stades à ces dames en jupons. Pour lui, « le véritable héros olympique » était « l’adulte mâle individuel ».

Il avait la conviction qu’« une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte ». Il n’hésita pas à mettre en défaut les qualités des pionnières sportives : « Techniquement les footballeuses ou les boxeuses qu’on a déjà tenté d’exhiber çà et là ne présentent aucun intérêt, ce seront toujours d’imparfaites doublures ». Pierre de Coubertin les renvoyait même à la place qui devait être la leur, à la place que beaucoup encore voudraient leurs voir occuper : « Peut-être les femmes s’apercevront-elles bientôt que cette tentative ne tourne pas au profit de leur charme ni même de leur santé. Par contre, il n’est pas sans intérêt que l’épouse puisse participer dans une large mesure aux plaisirs sportifs de son mari et que la même soit à même de diriger intelligemment l’éducation sportive de ses fils ».
Pourtant, contre son avis, le Comité international olympique se prononcera pour l’admission définitive des femmes aux Jeux olympiques de 1928. Certaines disciplines les accueillaient même avant : le golf et le Tennis depuis la deuxième olympiade de 1900 (voir par ailleurs). Or, de nos jours, les vieux réflexes perdurent.

Héroïnes. Dans un article écrit le 1er mars 1922, il y a 90 ans presque jour pour jour, Alice Milliat, elle-même pratiquant l’aviron, écrivait : « De quel droit de prétendues « lumières » de la science décrètent-elles, en même temps que nombre d’ignorants : « Tels exercices conviennent à la femme, tels autres lui sont nuisibles ? » Qui peut le dire avec certitude à l’heure actuelle ? ».
Alice Milliat (1884-1957), la pasionaria du sport féminin. Celle sans qui tout aurait été plus long. Celle dont le nom habille un gymnase du 14ème arrondissement de Paris. Celle qui défia Coubertin sur son propre terrain.
Pendant la première guerre mondiale, dans les différents corps de métiers, les femmes remplacent les hommes partis combattre. Elles y gagnent une reconnaissance évidente mais surtout leurs capacités deviennent, de fait, aussi importantes que celles de leurs congénères mâles. Leur émancipation est en marche. Inéluctable. En 1917, suite aux compétitions inter-usines organisées des deux côtés de la manche, Alice Milliat fonde la Fédération Féminine Sportive de France (FFSF). Dès 1919, elle réclame la participation des femmes à toutes les épreuves olympiques. Refus des seigneurs des anneaux ! 2 ans plus tard, la Grande-Bretagne, la Suisse, l’Italie, la Norvège et la France participent aux Jeux féminins qu’elle instaure contre vents et marées à Monte Carlo… sur des terrains de tirs aux pigeons. L’année suivante, 7 nations sont présentes avec près de 300 athlètes : l’Histoire est en marche. En 1922 à Paris, puis en 1926 à Göteborg auront lieu ses 1ers jeux olympiques féminins. Désormais, 10 nations sont au rendez-vous. La reconnaissance olympique s’accomplit donc en 1928 à Amsterdam : 21 nations délèguent une équipe féminine. Le programme féminin étant jugé trop restrictif par Alice Milliat, elle lancera des championnats du monde en 1930, à Prague.

Lenglen la "diva"

Au même moment, dans son style si original pour l’époque, la « Diva », Suzanne Lenglen (1899-1938) fût également un porte-drapeau pour les femmes dans le sport. Ses 12 titres individuels en grands chelems lui donnèrent sa respectabilité. Son élégance, son honorabilité. Son bandeau dans les cheveux et ses robes de chez Patou firent d’ailleurs école. Elle fût la première star féminine.
Elle prouva qu’une sportive n’était pas un monstre et lorsqu’elle traversait la Manche pour venir jouer à Wimbledon, les bus à impériale sillonnant Londres portaient sur leurs flancs « Suzanne arrives ».

Une route incompréhensiblement longue. Il a fallu attendre 2008, à Pékin, pour voir le 3 000 m steeple ouvert aux femmes. 302 épreuves ont eu lieu : 165 masculines, 127 féminines et 10 mixtes. La proportion de femmes dans la délégation française atteignait 38% et, pour l’ensemble des pays 42 %. Alors ? Alors, on voit bien qu’il faudra écrire à nouveau sur le sujet. Même si l’écart se resserre. Les spectateurs continueront encore longtemps d’insulter leur équipe masculine en les traitants « de gonzesses », c’est sûr. Pour autant, si le sexisme est une affaire réelle, cette affaire concerne d’abord les instances internationales, les fédérations, les pratiques instaurées, le public, ou parfois l’environnement médiatique. Par leurs actions ou leur inaction, ces différentes parties entretiennent cet état de fait. Mais, le sport, lui, dans son essence, même s’il n’est pas angélique, oui, le sport fondamentalement ne fait pas de différence entre les athlètes. S-L

Les sports féminins par ordre d’apparition au programme olympique :

1900 Tennis, golf –1904 Tir à l’arc –1908 Tennis –1912 Natation –1924 Escrime, patinage artistique –1928 Athlétisme –1936 Ski –1948 Canoë –1952 Sports équestres –1960 Patinage de vitesse –1964 Volleyball, luge -1972 Tir à l’arc -1976 Aviron, basketball, handball –1980 Hockey -1984 Tir, cyclisme, gymnastique par équipe -1988 Tennis, tennis de table, voile –1992 Badminton, judo, biathlon –1996 Football, softball –1998 Curling. Hockey sur glace –2000 Haltérophilie, pentathlon, taekwondo, triathlon –2002 Bobsleigh –2004 Lutte –2008 3000m Steeple, BMX

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  1. Pingback: Le Sport a encore un sexe. Vol.2 | Plus Que Du Sport - 08/03/2013

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