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PQDS...des portraits !

Yannick, Noah, et le devant de la scène


Noah, entre réalité et fantasmes

En 1983, sa victoire à Roland Garros impose Yannick Noah dans le paysage médiatique hexagonal. Depuis, bon gré ou mal gré, la personnalité préférée des français a toujours suscité les réactions. Au hasard de ses diverses activités, de ses engagements et de sa vie, « Yann » attire autant qu’il dérange. Entre contrastes, sagas et « montées au filet ».

Un simple morceau de tissu éponge autour du poignet peut déclencher une polémique. Mais seulement si vous vous appelez Yannick Noah dans les années 80.

Des années qui voient la gauche arriver au pouvoir, un président porter une rose et un espoir incommensurable après les premiers soubresauts pétroliers. Des années où la France ouvre les yeux sur ses cités mouroirs, ses « potes », ses frères immigrés auxquels il ne faut pas toucher, et une extrême droite en plein essor. Chirac interpelle les français sur « le bruit et l’odeur » de ces familles avec trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses qui gagnent 50 000 francs de prestations sociales, sans travailler. Malgré Mitterrand, les chars russes ne débarquent pas à Paris.

Et c’est bien un joueur noir, un français, qui gagne enfin Roland Garros. Première victoire tricolore depuis 1946. Tout le monde se souvient de l’image : Yannick, le français au dreadlocks, étreint par son père Zacharie, le camerounais. Sur le Central des Internationaux de France. Devant les caméras de télévisions, l’establishment tennistique et le pays entier. Ce jour-là Noah soulève autre chose que le sable rouge des terrains en terre battue : l’espoir pour de nombreux français auxquels il donne une identité, les codes qu’il retourne déjà malgré lui, et la poussière des trophées qui reposent dans les vitrines de nos institutions, politiques et sportives.

L’euphorie est telle que le journal « L’Equipe » titrera au lendemain de ce succès : « 50 millions de Noah ».

A son image.  Sourire en coin, le jeune vainqueur de 23 ans confie avec douceur aux micros : « moi j’ai toujours envie de partager, et cette victoire, il y a plein de gens qui la mérite avec moi…. Et j’espère que derrière cela donnera de l’ambition à d’autres jeunes… ce n’est pas parce qu’on est français qu’on perd en finale ou qu’on fait deux résultats de temps en temps, on peut également gagner…et je pense qu’on l’a prouvé tous ensemble aujourd’hui». Une partie du pays ne l’admet pas, mais la France a changé, elle est plurielle, multiple, semblable et différente. Et Yannick lui ressemble. Mais changer et gagner, oublier nos beaux perdants antiques, nos valeureux Poulidor et autre équipe de France de football défaite à Séville dans la douleur d’une prolongation injuste, et révéler ce nouveau visage, déstabilise. Alors quand le joueur métis porte un « poignet éponge » aux couleurs du mouvement Rastafaris, beaucoup disent qu’il célèbre son ascendance paternelle et « le vert jaune et rouge » du drapeau camerounais. Ceux-là même oublient que le tissu arbore également le symbole de l’équipementier : un coq bien de chez nous. Chez nous, le pays de sa mère, le pays qui l’a vu naître à Sedan. C’est le début d’une saga non pas « Africa » mais passionnée entre le tennisman et les français. Avec tout ce que cela comporte de heurts, d’embrassades, d’engueulades, d’incompréhensions partagées et de joies inoubliables. Car, n’en déplaise à ses détracteurs les plus acharnés, Yannick est resté ce garçon simple et charmant, bien éduqué mais entier. Quand il jouait et côtoyait le Top 3 du tennis mondial, son jeu était franc, direct, offensif… et plein de déchet. Imparfait mais honnête, fait de montées au filet, hasardeuses et pleines de culot. Mais Noah n’est pas seulement instinctif : « Je me sers de ma notoriété tout le temps, mais je m’en sers bien…j’essaie de faire en sorte que ce soit utile cette notoriété justement, que ça serve à quelque chose…j’suis libre et je fais c’que j’veux quoi, parce que sinon je monte tout de suite là…je déteste que l’on me prenne ma liberté… je me suis battu pour ça et je lâcherai jamais…je suis un citoyen libre »

une image écornée ou un montage ?

Aujourd’hui comme hier. Non, la notoriété due à son rang de chanteur populaire et les millions d’albums vendus ne l’ont pas éloigné des gens et de lui-même. Noah vit sa vie de la façon dont il jouait ses matchs. Noah a fumé des pétards dans les vestiaires, avoué des ébats endiablés avant de pénétrer sur les cours. Des frasques qui ne « l’empêchaient pas de jouer ». Lui qui a toujours préféré profiter de la vie plutôt que de viser la première place au classement ATP. Lui qui vit ses concerts pieds nus, en prise directe avec le sol, ses vibrations, ses racines. Il dénonce « qu’il y ait deux poids deux mesures en matière de dopage, que ce soit avec l’Espagne ou d’autres pays », veut « soulever cette chape de plomb qui pèse sur le dopage », attaque les nouvelles pratiques du haut niveau : «Il se trouvait que c’était les espagnols mais vous voulez qu’on parle des français ? Vous voulez que l’on parles des américains ?». Peu importe si au passage son intervention jette l’opprobre sur le monde du sport professionnel. Peu importe si son fils Joachim est basketteur en NBA. Quand Noah engage et sert, il monte toujours à la volée. Sans calculer. Il adore le ballon rond, Platini et Zidane « pour leurs parcours » mais « Platoche l’énerve avec son histoire de pas de vidéo dans le foot» et « pour Zizou, ça pue avec son histoire du Quatar » et sa contribution à l’obtention de la Coupe du Monde par le pays du Golfe. Parfois, on aimerait que Noah prenne son temps au lieu de répondre aux sollicitations, qu’il laisse rebondir la balle qu’on lui envoie. Parce que l’homme tout comme le joueur s’expose, commet des fautes. Parce que l’homme est attachant.

En coulisse. Des enfants n’ont pas la chance de vivre leur jeunesse comme chacun devrait avoir le droit ? « Yann » et sa mère lance « les enfants de la Terre » pour les aider. Un jour, le joueur a été repéré par Arthur Ashe,-premier noir vainqueur d’un tournoi du grand chelem-, alors en tournée au Cameroun ? Il lance l’association « fêtes le mur » pour transmettre à son tour sa passion du tennis aux jeunes des quartiers défavorisés. Capitaine de l’équipe de France de tennis masculin, il rapporte la Coupe Davis par deux fois, en 1991, après 59 ans de disette et avoir relancé un Leconte « cuit », puis en 1996. Un an plus tard, il rassemble les meilleures joueuses de l’hexagone leur fait suivre des séances de yoga : la Fed Cup est à elles. A nous. Depuis ces années fastes, Yannick continue sa route entre départementales françaises et avenues new yorkaises. Il chante. Pourquoi parle-t-il à la sortie d’une répétition ? Parce qu’on lui demande de s’exprimer. Et au-delà des polémiques, le pays l’apprécie profondément. Alors laissons-le terminer l’échange : « C’est plus pour mes engagements, les gens respectent ça….les gens respectent, je pense, que je dise ce que je pense…parfois des conneries…parfois des choses bien, parfois des choses qu’il ne faut pas dire…parfois des vérités qui ne sont pas bonnes à dire…en tous cas ils respectent ça…jusqu’au moment où ils me respecteront moins…mais c’est stimulant ». Yannick Noah a 51 ans. Et toujours du panache.- S.L

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