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#5 – Et dire que pendant ce temps, y en a qui regardent la Coupe du Monde… – #5


De près ou de très loin. Un autre regard de la compétition et du mois à venir vous est proposé pendant la Coupe du monde de Football au Brésil. Suivez la chronique « Et dire que pendant ce temps, y en a qui regardent la Coupe du Monde… ». Numéro 5.

Bien sûr, si je vous dis « Afrique du Sud »…vous pensez à la précédente compétition mondiale. Oui, vous vous rappelez, c’était il y a 4 ans, à 4 jours près : la planète éclatait de rire, et nous, nous tentions de ramasser quelques restes humains. Notre équipe de France venait d’imploser mais, fait étrange, sur ces lieux de désastre tragico-comique, personne n’a jamais retrouvé le moindre morceau de cerveau. J’exagère à peine. Ahhhh, les mots doux d’Anelka, son éviction, la grève, le bus, la déroute sportive, le retour avorté au pays… Bien sûr, si je vous dis Afrique du Sud, cela ne vous laisse pas un bon souvenir.hector pieterson
Pourtant, le 16 juin est une date beaucoup plus sombre pour la nation Arc-En-Ciel. Une date que personne n’oubliera jamais. L’histoire d’un drame que seul un gouvernement brutal, autoritaire et raciste pouvait écrire. En lettres de sang. Flashback.

En 1948, le Parti Afrikaner et le Parti National ont pris le pouvoir et mis en place une politique prônant la suprématie blanche et la séparation des races. La loi « Population Registration Act », adoptée en 1950 a institutionnalisé l’Apartheid : désormais, chaque habitant du pays est défini par son appartenance à un groupe racial. Blanc, métisse, noir, asiatique. La suite n’est qu’une longue litanie de mesures vexatoires, discriminantes, toujours plus écrasantes visant à maintenir la minorité blanche en position de force. Les autres communautés, elles, survivent, étouffent. En silence.
1976 arrive et le gouvernement décide d’imposer alors l’afrikaans, la langue des Boers pour l’enseignement de certaines matières. Mais cette fois, la mesure ne passe pas. Cela suffit. Il est toujours possible d’enfermer un homme mais sa conscience et sa culture ne peuvent être effacées.afsud

Il est 8 heures passé, ce Mercredi 16 juin. A l’appel de leur leader, Tsietsi Mashinini, des milliers d’élèves de Soweto, le plus grand township du pays, se rassemblent devant l’école Morris Isaacson.
Des adolescents qui ont décidé de manifester pacifiquement jusqu’au stade d’Orlando ? Pas question pour le pouvoir blanc de souffrir la moindre contestation. La police a reçu la consigne du ministre de la Justice, Jimmy Kruger, de « rétablir l’ordre à tout prix et d’user de tous les moyens à cet effet ».
Ordre est donné de se disperser. La manifestation continue. Les chiens sont lâchés. Les vrais d’abord. Les autres ensuite, les bras armés et glacés du pouvoir. Après quelques grenades lacrymogènes en guise d’ouverture, la police lance le bal meurtrier et tire à balle réelle sur la foule. Un bain de larmes. Au milieu, Hector Pieterson, 13 ans, s’effondre. Touché au dos. Son camarade Mbuyisa Makhubu, terrifié, le porte à bout de bras en courant. Le photographe Sam Nzima fige l’instant. La réalité de l’Apartheid en une image. Les émeutes gagnent tout le township puis le pays et dureront plusieurs jours. Des jours qui feront 575 morts officiels.
Mais ce 16 juin 1976 aura marqué un tournant décisif. Le poing tendu vers le ciel, les écoliers ont réveillé les leurs. L’heure de la « Black Consciousness » est venue : pour se libérer de leurs chaînes, les noirs doivent d’abord refuser de se sentir inférieurs aux Blancs. Le poing tendu vers le ciel, les écoliers ont aussi dénoncé l’hypocrisie internationale. Dans les mois qui suivent, l’ONU met en place un embargo sur les ventes d’armes destinées à l’Afrique du Sud.

les rangs du Nigeria et de l'Iran au classement mondial pour la liberté de la presse

les rangs du Nigeria et de l’Iran au classement mondial pour la liberté de la presse

C’est toujours instructif de relire l’Histoire. Et dire que pendant ce temps, y en a qui regardent la Coupe du Monde… Ce soir, il y avait un match intéressant entre l’Iran et le Nigéria. Deux « grandes » nations au palmarès des libertés individuelles. Mais s’il vous plaît cachez cette vérité que nous ne saurions voir. Show must go on. –S.L

 

 

Pour retrouver les précédents numéros de la série « Et dire que pendant ce temps, y en a qui regardent la Coupe du Monde… « , c’est ICI

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